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Édito

 

Pendant 8 mois, (d’avril à novembre 2010) , au Mans et dans la Sarthe, l’historien, le professionnel et le citoyen, sont invités à se pencher sur deux siècles d’histoire de la psychiatrie et sur les enjeux que représentent aujourd’hui la conception de la maladie mentale – santé mentale ? – le choix des mots est déjà objet d’un débat et la manière dont elle est prise en charge par la société. C’est pourquoi on se donnera le temps :

 ? de comprendre l’histoire à travers des journées d’études, une exposition itinérante et un livre constitués des écrits des patients, des paroles des soignants, des archives de l’institution.

 ? de faire un état des lieux de la psychiatrie actuelle afin de mieux connaître des professions, des lieux et des pratiques parfois encore chargées de fantasmes.

 ? de saisir les enjeux contemporains de la psychiatrie à partir de conférences, de débats et de films.

L’hôpital spécialisé du Mans : un haut-lieu de l’histoire de la psychiatrie

Au XIXe siècle, la ville du Mans a été l’une des premières en France à accueillir un établissement public de soin des aliénés. La mémoire collective rattache cet établissement au nom de son premier médecin chef, Gustave Etoc-Demazy, mais aussi à sa nature profondément urbaine : le malade mental est conduit « derrière la gare »... Classé monument historique, le site fait désormais partie du patrimoine de la ville et du département.
En partant d’une conception originale assez peu développée en France, c’est par la suite un hôpital-village qui, sur la commune d’Allonnes, double en 1968 cet établissement historique.
Ces différents temps de l’histoire de la psychiatrie sarthoise sont révolus. Dès les années 1970, la politique du secteur tend à disperser une psychiatrie auparavant particulièrement centralisée dans le département. Dans les dernières années une reconfiguration globale s’est amorcée qui se traduit notamment par la transformation en cours de l’hôpital d’Allonnes et par l’abandon du site du Mans programmé pour 2011.

Retour sur deux siècles d’histoire de la psychiatrie

Le moment est donc opportun pour l’historien, pour le professionnel et pour le citoyen, pour se pencher sur deux siècles d’histoire de la psychiatrie et sur les enjeux que représentent aujourd’hui la conception de la maladie mentale – santé mentale ? – le choix des mots est déjà objet d’un débat et la manière dont elle est prise en charge par la société. C’est pourquoi on se donnera le temps (8 mois d’avril à novembre 2010) :  ? De comprendre l’histoire à travers des journées d’études, une exposition itinérante et un livre constitués des écrits des patients, des paroles des soignants, des archives de l’institution.  ? De faire un état des lieux de la psychiatrie actuelle afin de mieux connaître des professions, des lieux et des pratiques parfois encore chargées de fantasmes.  ? De saisir les enjeux contemporains de la psychiatrie à partir de conférences, de débats et de films.

Les acteurs du projet

Ce projet est alimenté par la réflexion de trois acteurs essentiels de la Cité - l’Université, l’Hôpital (le C.H.S.S.), les institutions culturelles du Département et de la Ville du Mans, qui travaillent de concert à construire un ensemble d’événements fondé sur le croisement des publics (hospitaliers, universitaires, citoyens) et la circulation du savoir et des expériences. Il est porté par les chercheurs du Centre de recherches Historiques de l’Ouest (CERHIO), la direction administrative et médicale du C.H.S.S. et appuyé par le Conseil général de la Sarthe, les Archives départementales de la Sarthe, la médiathèque Louis Aragon et les Cinéastes.

Actions et manifestations de l’année 2010

 ? Une exposition - Mémoires de la folie - permettra de présenter au grand public deux siècles d’histoire de la folie et de la psychiatrie. L’exposition retrace chronologiquement cette histoire en abordant ses aspects les plus divers : pratiques thérapeutiques, architectures, réformes institutionnelles, représentations de la folie, Etoc-Demazy… Composée à partir de pièces variées tirées des riches fonds du CHS et des Archives départementales (photographies, archives, films, entretiens sonores, objets, plans, peintures…), elle donne à voir la manière dont les maladies mentales ont été prises en charge dans le département et décrit aussi une histoire universelle à partir d’écrits de patients, de portraits de médecins, de témoignages infirmiers.

 ? Tandis que l’exposition présente cette histoire de manière chronologique, un livre - Scènes de la psychiatrie ordinaire. De l’asile du Mans aux secteurs psychiatriques de la Sarthe. XIXe-XXe siècles – à paraître aux éditions de la Reinette en avril 2010, aborde cette historie de manière thématique. Attentif aux rythmes spécifiques de la psychiatrie locale, soucieux de reconstituer les grandes étapes de l’histoire de la psychiatrie aux XIXe et XXe siècles, le livre propose une histoire à plusieurs voix constituée à partir des archives de la psychiatrie sarthoise, d’entretiens avec les professionnels, de documents tirés des dossiers des patients. Une quinzaine de chapitres, abondamment illustrés, passent en revue la manière dont on été abordés durant cette période quelques unes des grandes questions de la psychiatrie, questions qui sont toujours, pour la plupart, d’actualité : la place dans la ville, l’architecture, la thérapeutique, la séparation des sexes, la religion, l’image de la folie et de l’hôpital psychiatrique dans la société, le travail, la place des malades dans l’institution… Il s’appuie sur une série de portraits (médecins, infirmiers, patients) et de récits vivants qui permettent d’incarner les grands moments d’une histoire de la psychiatrie qui reste souvent pour le grand public chargée de fantasmes.

 ? Deux journées d’études historiques. La démarche est donc à la vulgarisatrice et scientifique. Le département d’histoire de l’Université du Maine et son laboratoire d’histoire moderne et contemporaine (CERHIO-Le Mans ; Centre de recherches historiques de l’Ouest) a montré à plusieurs reprises sa vocation vulgarisatrice et sa volonté de se tourner vers les acteurs de la vie culturelle locale (Exposition et colloque sur le peintre cubiste de Roger de La Fresnaye en 2005-2006 ; exposition et colloque sur l’aviation pionnière avec le centenaire Wright 2008 ; colloque pour le centenaire du Prix Nobel de la Paix 1909-2009, le sénateur sarthois Paul d’Estournelles de Constant). Hervé Guillemain et Stéphane Tison, historiens et maîtres de conférences à l’université du Maine, développent des recherches sur l’histoire de la folie et de la psychiatrie auxquelles sont associés plusieurs étudiants du master recherche. Dans ce cadre, ils organisent deux journées d’études historiques portant sur des problématiques novatrices de l’histoire de la folie et de la psychiatrie. La première journée portera sur la place des malades dans le système de soin psychiatrique au XXe siècle. La seconde interrogera la place de la Première Guerre mondiale dans l’histoire de la folie et de la psychiatrie. Les textes issus donneront lieu à la publication d’un volume universitaire de référence, accompagnés des textes d’une troisième journée organisée par l’université de Nancy sur le thème de la dangerosité au XIXe siècle (journée organisée par Laurence Guignard, maître de conférences à l’université de Nancy, dans le cadre du CRULH). Des conférences grand public seront offertes sur des thèmes variés : Catherine Meneux, enseignante en histoire de l’art à l’Université du Maine évoquera la valorisation de l’art des malades au début du XXe siècle. Dans le cadre de la Fête de la science, Hervé Guillemain décrira deux siècles de pratiques psychiatriques en Sarthe, du traitement moral aux neuroleptiques retard.

 ? Une journée de formation professionnelle Le Directeur du C.H.S.S.., Vincent Thomas, la directrice des soins, Véronique Schmit, la responsable de la communication de l’hôpital, Danielle Monat, le président de la C.M.E., Gilles Dubois de Prisque, sont parties prenantes du projet. Ils l’envisagent notamment comme une contribution au travail de mémoire, particulièrement auprès des personnels nombreux qui, ayant travaillé dans ces hôpitaux (Le Mans et Allonnes) ou bien y travaillant toujours, doivent faire le deuil de ces lieux et aspirent à témoigner, d’une riche histoire professionnelle et humaine : celle de la psychiatrie et de la folie au Mans dans la deuxième moitié du XXe siècle. Hervé Guillemain mène des entretiens auprès des professionnels qui nourrissent l’exposition historique et l’ouvrage. Une journée de formation professionnelle sur les groupes à médiation sera organisée le lendemain de la journée historique portant sur le même thème.

Le sens de ces manifestations

 ? Susciter un débat public autour de spécialistes renommés. L’invitation lors de cette journée et lors de la conférence inaugurale de figures historiques de la psychothérapie institutionnelle, Pierre Delion et Jean Oury, et d’une historienne – Isabelle Von Bueltzinglsoewen - dont le travail sur l’Hécatombe des fous a marqué les esprits, suscitera le débat bien au-delà du milieu professionnel. La psychiatrie est en effet une question qui concerne l’ensemble de la société et son évolution historique et actuelle mérite d’être mise au cœur du débat public. Une table ronde animée par les psychiatres de la région, une autre sur l’art thérapie viendront compléter cet appel au débat.

 ? Confirmer l’ouverture de la psychiatrie sur la ville. Quelques événements symboliques confirmeront cette ouverture. L’ouverture au public du site classé du Mans à l’occasion des journées du patrimoine. Par ailleurs il est envisagé dans le même cadre et dans le même esprit de rendre public le spectacle théâtral des malades qui a lieu chaque année en juin. Une projection cinéma de plein air sera aussi organisée dans l’enceinte de l’établissement historique du Mans dans le cadre de la manifestation « un été ciné en ville ». La Médiathèque Louis Aragon du Mans et les Cinéastes, lieux clés de sociabilité et de culture, représentent le 3e pôle de cette manifestation. L’exposition naîtra à la médiathèque avant qu’elle ne circule d’un lieu à l’autre, vers la Bibliothèque universitaire en passant par les Archives départementales.

 ? Une dimension culturelle fondée sur une présentation multimédia. Une version virtuelle de cette exposition sera présentée dans les hôpitaux. La dimension culturelle du projet se déploie sur le champ cinématographique et littéraire. Les Cinéastes accueilleront plusieurs séances accompagnées d’une parole sur le film dont la forme serait variable. Les films projetés dans ce cadre sont : Séraphine, les Fragments d’Antonin. L’animation culturelle de la Médiathèque organise dans le même esprit une programmation de documentaires dans le cadre des Images pas sages (Histoires de la folie, la couleur des maux).